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Observatoire de l'édition sociale - Avril 2011

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Article du 4 avril 2011

Robert Darnton : "Apologie du livre : demain, aujourd'hui, hier"

(Gallimard, 2011, 218p., 29 euros)

Robert Darnton est un historien du livre. Il fait même partie des promoteurs de cette nouvelle discipline dans les années 1970. Dans le milieu des historiens, et un peu au-delà, il est connu pour ses travaux sur l'histoire de l'édition au XVIIIème siècle en France. Un article traduit dans la revue "Le Débat" (Gallimard, 1999), "Le nouvel âge du livre", a eu un grand retentissement et sert encore de référence dans les discussions sur le livre électronique [1]. Cet article est d'ailleurs repris dans le présent ouvrage dont il constitue le dernier chapitre [2].

Robert Darnton est aussi, depuis 2007, le directeur de la bibliothèque universitaire de Harvard, une des plus grande du monde (15 millions de volumes), position qui renforce le point de vue du chercheur par celui du praticien. Dans le cours de l'ouvrage, l'auteur se réfère constamment à ces deux sources de connaissance. D'où l'intérêt d'un livre très riche, quoique, à notre avis, assez mal ficelé (cf. note 2).

Nous nous limiterons ici à résumer rapidement les thèses de l'auteur.

Robert Darnton, quoique amoureux inconditionnel du livre-papier, est un chaud partisan du livre numérique et un enthousiaste de cette "république numérique des lettres" que promet le projet Google de numérisation de tous les livres. A ceux qui reprochent au numérique la difficulté d'identifier les sources, de distinguer la copie de l'original, l'historien du livre répond et démontre que cette instabilité des textes est permanente dans l'histoire du livre. Aux partisans de la lecture séquentielle du livre-papier contre la lecture hachée sur le web, il oppose la pratique du "recueil de citations", véritable construction d'un univers personnel à partir d'éléments de lectures juxtaposés, fort répandue du XIIème siècle à la fin de la renaissance et qui a perduré jusqu'à récemment. Par ailleurs, Robert Darnton a développé, dans son université, des programmes très importants de numérisation de livres qu'il présente en détails.

Promoteur de la numérisation, certes, mais jusqu'à un certain point. D'abord, il ne pense pas que la numérisation puisse s'appliquer à tous les livres, loin de là. Ensuite, il soutien que pour l'instant, pour la conservation des livres, on n'a pas trouvé mieux que le papier (l'expérience des microfiches est évoquée, qui fut catastrophique pour un certain nombre de journaux et de livres). Enfin, s'il est partisan du projet de Google, c'est en raison du seul projet, sans Google. Selon lui, le projet d'une République numérique des lettres ne peut pas être confiée à un organisme privé dont le profit est la principale raison d'être. C'est pourquoi, sous sa direction, Harvard s'est retirée du projet Google et a développé ses propres numérisations. Ce qu'il invite les autres bibliothèques à faire.

Au moment de la publication de "Apologie du livre", le sort de l'accord Google-books -éditeurs n'était pas encore connu, le juge de New-York saisi ne s'étant pas encore prononcé. Robert Darnton était fort inquiet dans l'hypothèse où cet accord serait confirmé par le juge : il assure en effet à Google un quasi monopole de commercialisation de toute l'édition américaine de livres sous copyright (et aussi d'une bonne part de l édition européenne qui risquerait gros en restant en dehors de la librairie numérique mondiale).

Or, tout récemment, le 22 mars dernier, le juge fédéral Denny Chin a rejeté l'accord Google-éditeurs : "je conclus que l'accord n'est pas équitable, adéquat ou raisonnable". L'histoire finit bien, mais il n'est pas certain qu'elle soit finie

A suivre…

 


[1] La thèse développée par cet article est explicitée dans le rapport 2008 de notre Observatoire de l'édition sociale, à l'adresse suivante : http://www.documentation-sociale.org/prisme/index.php?option=com_content&view=article&id=70:observatoire-de-ledition-sociale--rapport-2008&catid=42:observatoire-de-ledition-sociale&Itemid=74

[2] "Apologie du livre" est en réalité un recueil d'articles déjà publiés aux Etats-Unis et dont certains ont déjà été traduits et publiés en France (sans que l'éditeur ou l'auteur le signale dans cet ouvrage). A l'instigation d'Eric Vigne, responsable des sciences humaines chez Gallimard, le recueil américain d'articles a été transformé en livre dans la traduction française. Le résultat n'est pas, à notre avis, très heureux et n'évite pas les redites ni les artifices de construction.


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  • Article rédigé par Jean Pérès

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